L’art japonais du Kintsugi

À l’âge de 11 ans j’ai été initié aux arts martiaux japonais par mon père et maître. Depuis ce jour, je suis fasciné par la riche culture du Japon; des enseignements des maîtres d’Okinawa aux anecdotes populaires transmises de générations en générations et toujours infuses d’immense sagesse.

Je voudrais partager avec vous une de ces anecdotes qui m’a particulièrement marqué.

Les historiens racontent qu’il y a un peu plus de 400 ans, un Shogun japonais du nom de Ashikaga Yoshimasa, brisa accidentellement son bol de thé auquel il tenait beaucoup. Désireux de le faire réparer, il l’envoya en Chine chez des artisans de renom. Les artisans chinois réussirent à rapiécer le bol en en agrafant les morceaux, donnant au précieux bol une allure d’épave rafistolée. Bien évidemment, cela ne plut pas à Sogun Ashikaga. Il fit alors appel à des artisans locaux cette fois pour refaire le travail insatisfaisant de leurs confrères chinois. C’est ainsi qu’ils eurent l’idée de remplir les fissures encore visibles, de laque dorée. Lorsqu’ils avaient fini, le bol était non seulement réparé, mais avait maintenant une allure unique et beaucoup plus de valeur qu’avant. Le Shogun était satisfait et heureux, et l’art du Kintsugi était né.

Qu’est-ce que le Kintsugi?

 C’est un art artisanal qui associe les concepts de mottainai (le sentiment de regret lié à la destruction ou l’endommagement d’une chose importante) et de mushin (l’importance de savoir embrasser le changement). Il consiste ainsi à non seulement restaurer quelque chose de brisée, mais aussi et surtout à voir en l’endommagement de l’objet une opportunité de le rendre encore plus beau et plus précieux que sa version d’origine.

Que nous enseigne l’art du Kintsugi ?

Très souvent nous trainons le poids de nos erreurs passées comme un boulet qui ne cesse de s’alourdir à mesure que lesdites erreurs (et les regrets qui s’en suivent) s’accumulent. Le Kintsugi nous enseigne que les erreurs, bien que regrettables, sont humaines. Au lieu de nous morfondre et de nous condamner à vie pour des faux-pas commis dans le passé, nous nous devons de recoller les morceaux et de saisir l’opportunité que nous offrent nos erreurs pour recréer une version de nous à chaque fois plus belle et plus précieuse que la précédente.

Nos erreurs et nos imperfections ne doivent pas être sources de honte et de culpabilité ; elles doivent être comprises comme des opportunités de créer de meilleures versions de nous-mêmes.

Tout comme le bol brisé serait devenu inutile et sans valeur n’eut été l’intervention des artisans japonais, nos faux-pas ne deviennent des fatalités que si nous manquons d’exploiter les opportunités qu’ils nous offrent.

Le Kintsugi nous enseigne qu’il est absurde de s’attendre à ce que tout soit parfait, y compris nous-même. Ce genre de pensées créent un monde dans lequel les défauts sont accentués et les qualités sous-évaluées ; un monde qui fixe la barre de satisfaction à des niveaux inatteignables, créant la déception, l’insatiabilité et la mort intérieure.

Savoir renaître de ses cendres pour se rebâtir plus fort, plus bon et plus proche de sa nature divine est l’essence même de la vie.