Jospin Kabeya

Développement personnel: L’Afrique francophone est-elle prête?

Cette semaine nous entamons notre série d’entretiens avec des Africains et Africaines qui œuvrent dans le domaine du développement personnel. L’objectif de ces entretiens est de prendre le pouls de cette industrie qui représente déjà des milliards de dollars à travers le monde, mais qui semble n’être qu’à ses premiers pas en Afrique. Nous ouvrons cette série avec Jospin KABEYA, un jeune ingénieur informaticien congolais résident à Lubumbashi, en République Démocratique du Congo (RDC). Jospin est un formateur/conférencier et business coach qui intervient dans le domaine de l’entrepreneuriat (création, développement et gestion d’entreprises) et bien sûr dans le secteur de l’informatique (programmation, base de données etc.). Il est le fondateur et administrateur de plusieurs groupes sur Facebook, WhatsApp et d’autres plateformes, qui comptent des milliers d’adhérents et sont axés sur le développement personnel. 

SJVD :  Jospin, c’est un plaisir de vous avoir parmi nous.  Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Comment avez-vous atterri dans l’industrie du développement personnel ?

JK : Merci de m’avoir accordé cet interview; c’est un plaisir et un honneur pour moi. Je dois dire que ma passion d’enseigner et de partager mes connaissances avec les autres a commencé très tôt, pendant que j’étais encore à l’école secondaire. J’étais un élève doué, un génie selon mes enseignants et mes proches. Du coup, c’est ce qui a motivé mes professeurs à me confier souvent la tâche d’expliquer certaines leçons à mes camarades de classe. J’avais une certaine facilité à comprendre les leçons et surtout à les expliquer lorsqu’on me le demandait. Je me rappelle particulièrement d’un jour où j’ai dû expliqué à mes camarades une leçon de mathématiques sur les ensembles et en échange, j’ai été exempté du test qui avait suivi. C’est là que j’ai commencé à réaliser qu’il peut y avoir des avantages à partager ses connaissances et de là, le gène de conférencier était planté en moi. 

Quant à mon introduction au développement personnel, elle a été largement influencée par un camarade de classe et ami du nom de Jordan Mutombo, aujourd’hui un des plus grands journalistes congolais.  Jordan avait déjà en ce temps une excellente gouverne de la langue française et une philosophie de la vie assez singulière. Il lui arrivait très souvent de citer des auteurs dont je n’avais jamais entendu parler et la plupart de ces citations faisaient référence à l’importance de travailler sur soi-même, sur le développement de sa propre personne. Mon amitié avec Jordan m’a donc encouragée à lire beaucoup, d’abord parce que je voulais enrichir mon vocabulaire et l’égaler ; mais aussi par curiosité d’en savoir plus sur ces auteurs inconnus dont il parlait souvent. C’est comme ça que s’est fait mon introduction au concept même du développement personnel. J’ai donc commencé à lire et à enrichir mes connaissances dans ce domaine. Et surtout, je me suis donné pour mission d’impacter positivement les vies des autres autour de moi et les pousser à adopter cette même philosophie. Depuis ce jour, je n’ai cessé de travailler sur ma personne et de me développer. 

SJVD :  Vous êtes, vous-mêmes coach, formateur et conférencier. A qui s’adressent vos programmes et quels objectifs visent-ils ?

JK : Nos programmes visent essentiellement les entrepreneurs qu’ils s’agissent de personnes qui font leurs premiers pas dans le domaine ou des gens qui ont déjà lancé leurs entreprises, mais on besoin d’accompagnement pour porter ces entreprises au niveau supérieur. 

Un business coach selon moi est une personne qui a vécu les expériences et a vaincu les défis liés aux domaines dans lesquels il intervient. Mais surtout, c’est quelqu’un qui en a tiré des leçons et a développé des enseignements qui peuvent être bénéfiques à d’autres. Avec cette perspective en tête, les formations que nous offrons ont été développées de sorte à doter nos clients d’outils et de connaissances qui leur permettront de surmonter les défis qui se présentent ou se présenteront à eux dans leurs parcours d’entrepreneur. 

Les avantages que nous apportons dans ce domaine viennent du fait que nous avons-nous-mêmes fait le parcours ; nous avons fait les erreurs et fait face aux difficultés des secteurs dans lesquels nous intervenons, que ce soit les formations B2B (d’entreprise à entreprise) ou l’entrepreneuriat. Nous sommes parvenus à développer des programmes de formation qui tiennent compte des réalités africaines du terrain et qui anticipent les défis que comportent les différents secteurs, en offrant des solutions pratiques et idoines. 

En dehors d’être ingénieur informaticien, un domaine dans lequel j’ai acquis énormément de connaissances et d’expérience au fil des années, je suis aussi entrepreneur. J’ai commencé avec une affaire dans le domaine du transport qui m’a appris beaucoup de choses du monde de l’entrepreneuriat au Congo. Aujourd’hui je partage cette expérience sous la forme de formations, conférences et coaching à travers le pays et au-delà. A ce jour, Je travaille sur 2 projets dans ma province (Lubumbashi), 7 projets au Tchad, 3 au Sénégal et bien d’autres encore. 

SJVD :  Selon votre expérience, l’Afrique francophone est-elle prête à embrasser cette nouvelle philosophie de vie qu’est le développement personnel?

JK : A mon avis, s’il y a une partie de l’Afrique qui a bien besoin d’embrasser le développement personnel, c’est bien l’Afrique francophone. Vous remarquerez que la langue française comporte beaucoup de tabous et de limitations tirées certainement des valeurs culturelles qui l’accompagnent. Il en est de même pour l’Afrique francophone, son héritière.  Les fausses croyances limitantes, certains aspects négatifs des valeurs culturelles héritées de notre langue et de nos cultures, continuent d’influencer nos mentalités et donc de contribuer à notre situation économique et sociale actuelles.  

Le développement personnel est une philosophie qui met l’accent sur l’individu comme principale clé de la réussite individuelle et collective. Il est nécessaire car il pousse la personne à se libérer de ses limitations et à opérer un changement radical de mentalités dans l’optique d’instaurer une culture de gagnants, d’autonomie et de positivité. 

On n’obtient pas de la vie ce que l’on veut. On obtient de la vie ce qu’on est ou ce qu’on devient. Il nous faut donc commencer par changer les individus. En développant les individus, on développera la société, nos pays et le continent tout entier. 

En ce moment, nous sommes confrontés au problème du nombre limité d’avocats du développement personnel, mais le travail que nous faisons et celui que vous et plusieurs autres font est important pour sensibiliser les africains sur l’importance d’opérer ce changement.

SJVD :  Cette industrie existe dans l’Afrique Anglophone depuis plusieurs décennies déjà. Qu’est-ce qui explique selon vous le retard des pays francophones ?

JK : Personnellement, je pense que les pays africains qui ont été colonisés par les pays européens anglophones ont eu un meilleur héritage si je peux m’exprimer ainsi. Cela se reflète d’ailleurs dans les différences qui existent entre leur niveau de développement économique et celui des pays Africains francophones. Comme je le disais plus haut, il y a dans une langue un certain bagage culturel et idéologique.  Les pays anglophones ont une culture de la réussite individuelle sans limitations qui existe depuis des siècles ; alors que dans nos cultures francophones, c’est à croire que la réussite sociale est vilipendée et perçue d’un mauvais œil. Par conséquent les gens ont peur de l’embrasser. On cache son succès et on reste modeste pour éviter les mauvaises langues.

Ce sont ces mentalités qui limitent les pays francophones. Nous devons nous ouvrir et nous émanciper de cette façon de penser ; c’est la condition ultime pour un véritable essor du développement personnel et du développement économique de l’Afrique francophone.   

SJVD :  Quels secteurs du développement personnel peuvent être considérés primordiaux pour l’Afrique en ce moment?

JK : Pour le moment, je crois que nous devons concentrer nos efforts à effectuer un travail acharné en vue de changer les mentalités d’abord et ensuite les comportements. Ces deux éléments comme je l’ai dit tantôt, sont à la source des réticences à embrasser cette philosophie en Afrique. Notre page Facebook « lis, tu seras intelligent » vise justement à atteindre cet objectif. En partageant les livres qui portent sur le développement personnel et en encourageant nos adhérents à lire, nous espérons inculquer ces valeurs à nos frères et sœurs africains.  

Une fois les mentalités changées, le terrain sera beaucoup plus fertile au développement qui suivra. Les comportements changeront et les gens travailleront de plus en plus sur eux-mêmes et sur leur réussite. En ce moment, l’Afrique est encore handicapée par ces mauvaises mentalités et les fausses croyances religieuses promues par certains groupes ; ces croyances qui paralysent et rendent ineptes les africains. 

SJVD :  Merci beaucoup pour votre temps et pour le rôle que vous jouez dans la sphère du développement personnel en Afrique. Nous vous souhaitons beaucoup de succès dans votre initiatives actuelles et futures. Avez-vous un dernier mot pour conclure ?

JK : Je suis très heureux d’avoir pu partager mes perspectives sur ces questions. Je vous souhaite bonne continuation dans ce que vous faites. Votre initiative est une grande contribution au bâtissage de l’Afrique. Merci beaucoup.

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